La distance

distance-proximité

Toute sa vie, il avait cherché la distance.
Mais la distance ne comptait pas,
seule la proximité avait un sens.

– Henning Mankell –

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Tout le monde est quelqu’un

Samira était employée dans une usine de distribution de viande.

Un jour, après avoir fini son travail, elle alla jeter un dernier coup d’oeil dans la chambre froide, pour inspecter quelque chose. Dans un moment d’inattention, la lourde porte se referma sur elle et elle se retrouva prisonnière à l’intérieur, sans aucune aide en vue. La plupart des autres employés étaient déjà partis. De plus, à l’extérieur de la chambre froide, il est impossible d’entendre ce qui se passe à l’intérieur.

Quelques heures plus tard, alors que Samira était sur le point de mourir à cause du froid, la porte s’ouvrit presque miraculeusement: le vigile assurant la sécurité de l’usine fut son salut ce jour-là.

Plus tard, Samira demanda au vigile pourquoi il était venu ouvrir la porte, ce qui ne faisait pas partie de sa routine habituelle de travail. Le vigile lui répondit:

« Je travaille dans cette usine depuis 35 ans, des centaines de travailleurs entrent et sortent chaque jour, mais vous êtes l’une des rares personnes qui me saluent le matin à l’arrivée et qui me disent au revoir chaque soir en rentrant. Beaucoup me traitent comme si j’étais invisible.

Ce matin, comme tous les autres jours, vous m’avez dit « bonjour » comme d’habitude. Mais ce soir à la descente, j’ai remarqué que je n’avais pas entendu votre « Bye, on se voit demain ». Je ne vous ai pas vue sortir et j’étais un peu inquiet. C’est pour cela que j’ai décidé de faire le tour de l’usine, pour voir si vous y étiez encore.

Je me réjouis de votre salutation chaque jour, parce qu’elle me rappelle que je suis quelqu’un. »

Le doute, ferment de la foi

Le fondamentalisme ou le fanatisme sont une surcompensation du doute. Moi, je ne supprime pas le doute. Je refuse de confondre foi et savoir, de confondre une certitude subjective avec une certitude objective. Le rapport avec le doute distingue le vrai du faux croyant. Les fanatiques sont des usurpateurs. Mon personnage de Ségolène dans le livre, la « catho de service », est comme cela. Elle s’enferme dans une certitude pour arrêter de penser. Or, la vraie croyance, c’est le doute, c’est un chemin.

Eric-Emmanuel Schmitt